Colloque du 250e anniversaire de la naissance de Chateaubriand – 1768-2018 : "Nouvelles perspectives critiques"

Paris – Mardi 5 et mercredi 6 juin 2018

 

 

 

Appel à communications

 

L’œuvre de Chateaubriand constitue un monument capital de l’histoire littéraire, intellectuelle et politique de la France. Elle aborde en effet l’ensemble des questions qui se posent à la société française entre 1797, date de la publication de son premier livre, l’Essai sur les révolutions, et 1848, moment de la publication, largement posthume, des Mémoires d’outre-tombe. Au moment où est dressé le bilan des Lumières finissantes, elle a contribué à fonder le romantisme et la modernité. Dans l’effervescence fertile des années qui ont suivi la Révolution, une des missions de l’écrivain a été de trouver une langue nouvelle qui dise à la fois le regret du temps perdu et l’aspiration au monde à venir, d’explorer les genres qui correspondent à cette société en mutation. Dans un savant équilibre entre la tradition classique, celle qui va d’Homère et Virgile à Fénelon et une libération de la parole, inspirée par de nouveaux modèles, comme Dante ou Shakespeare, Chateaubriand a bouleversé la poétique des genres, que ce soit dans l’essai, le court roman, la biographie et l’autobiographie. Avec la Révolution, dans le passage des salons de l’Ancien Régime  aux Cénacles romantiques, la figure de l’écrivain revêt de nouvelles formes ; il prend la parole dans  le nouvel espace public et politique qui se crée. Frappé de plein fouet par un emballement de l’Histoire, Chateaubriand a exprimé cette conscience du temps et du devenir des hommes qui naît avec la Révolution ; sa pratique de l’Histoire scrute un passé disparu dans une perspective à la fois nostalgique et prospective, car le passé constitue un des socles de sa vision politique de la France à venir. Réagissant de manière éclatante à la part matérialiste des Lumières, le Génie du Christianisme réaffirme dès 1802 le rôle de la religion dans la création artistique et littéraire, et y voit le fondement du lien social ; traversée par une inquiétude existentielle, dans un retour de l’augustinisme, son œuvre interroge la place de la foi dans l’expérience individuelle.

De cet écrivain considérable, 2018 marquera le 250e anniversaire. À cette occasion, la Société Chateaubriand, en collaboration avec d’autres institutions (La « Maison de Chateaubriand » -Département des Hauts-de-Seine, l’EA ELH – Université de Toulouse 2 Jean Jaurès, l’UMR CELLF 19-21 Paris Sorbonne, l’UMR IHRIM Saint-Étienne) et avec le soutien des « Commémorations nationales », organise un colloque international qui se tiendra à Paris, dans un lieu à préciser, mardi 5 et samedi 6 juin 2018. Ce colloque vise à susciter de nouvelles approches critiques sur l’ensemble de son œuvre, de l’Essai sur les révolutions aux Mémoires d’outre-tombe, du Génie du christianisme à ses récits de voyage en Italie, en Amérique et en Orient, des romans comme Atala, René ou Les Aventures du dernier Abencérage aux textes de journaux ou à la correspondance, de la stupéfiante biographie qu’est la Vie de Rancé à ses œuvres historiques et politiques. Quatre grands axes de lecture, volontairement ouverts à diverses approches, sont proposés : « Chateaubriand, inquiétude et conviction religieuses » ; « L’auteur Chateaubriand : représentations, réseaux, modèles » ; « Styles et pensée du style » et « Chateaubriand : Histoire et société ».  Le descriptif de chacun de ces axes est développé ci-dessous.

 

Les propositions retenues seront présentées dans des communications de 25 minutes maximum ou dans des tables rondes ; elles feront l’objet d’une publication.

 

Les propositions de contributions -  affiliation institutionnelle, titre de la communication envisagée et brève présentation (1 page maximum) - sont à adresser avant le 30 janvier 2017 au comité d’organisation :

Fabienne Bercegol – fabienne.bercegol@univ-tlse2.fr

Pierre Glaudes - pierre.glaudes@paris-sorbonne.fr

Jean-Marie Roulin – jean.marie.roulin@univ-st-etienne.fr.

 

 

Comité d’organisation : Fabienne Bercegol (Université de Toulouse 2 – Jean Jaurès), Pierre Glaudes (Université Paris Sorbonne), Jean-Marie Roulin (Université Jean Monnet, Saint-Étienne).

 

Comité scientifique : Philippe Antoine (Université Blaise Pascal - Clermont-Ferrand II), Fabienne Bercegol (Université de Toulouse 2 – Jean Jaurès), Guy Berger (Président de la Société Chateaubriand), Bernard Degout (Directeur de la Maison de Chateaubriand), Béatrice Didier (ENS – rue d’Ulm, Paris), Pierre Glaudes (Université Paris Sorbonne), Nicolas Perot (Caen), Aurelio Principato (Università degli Studi Roma Tre), Jean-Marie Roulin (Université Jean Monnet, Saint-Étienne), Olivier Tort (Université d’Artois).

 

 

Chateaubriand, inquiétude et conviction religieuses

À la fin des Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand, faisant le bilan de sa vie, écrit : « Ma conviction religieuse, en grandissant, a dévoré mes autres convictions ; il n'est ici-bas chrétien plus croyant et homme plus incrédule que moi ». En dépit de sa fermeté assertive, cette profession de foi conserve une tension paradoxale qui retient l’attention. Né pendant les Lumières, imprégné de philosophisme dans sa jeunesse, l’auteur du Génie du christianisme, malgré sa conversion et ses prétentions apologétiques, est un moderne au sens où, dans un siècle en voie de sécularisation, sa vie spirituelle est traversée par l’inquiétude, jusque dans son engagement au service de la religion chrétienne. C’est sur cet engagement religieux, doublé d’une profonde inquiétude et, plus largement, sur le rapport de Chateaubriand à Dieu qu’on se propose de revenir. Parmi les pistes de réflexion possibles, on retiendra (sans que cette liste prétende à l’exhaustivité) :

-          La formation du sentiment religieux chez le jeune Chateaubriand

-          L’augustinisme de Chateaubriand

-          La dette à l’égard des courants de spiritualité de l’âge classique : saint François de Sales, Bossuet, Fénelon, Mme Guyon…

-          L’héritage des Lumières : déisme, religion naturelle, profession de foi du vicaire Savoyard.

-          La tentation nihiliste ? Désespoir et espérance

-          La figure de Dieu : Père, Fils, Saint-Esprit

-          La Vierge Marie, le culte des saints et des martyrs, le récit hagiographique

-          Chateaubriand et la théodicée

-          Chateaubriand et l’Incarnation

-          Dieu de Justice / Dieu de Miséricorde

-          Présence / absence de Dieu dans le sensible ; deus ignotus

-          Dieu, le temps et l’éternité ; mort et résurrection

-          Chateaubriand et les fins dernières

-          La vie religieuse : prière, sacrements, pénitence, offices, pèlerinages

-          L’expérience du sacré

-          Foi et morale

-          Foi et esthétique

 

L’auteur Chateaubriand : représentations, réseaux, modèles

Chateaubriand a incarné par sa carrière et par son œuvre une nouvelle figure de l’auteur qui a profondément marqué l’imaginaire social du grand écrivain tel que l’élabore le XIXe siècle. Dans le sillage des travaux récents menés sur la sociologie des identités intellectuelles, il s’agira donc :

-       de dessiner les contours de cette nouvelle image publique de l’auteur et de ses fonctions dans la Cité que promeut Chateaubriand et de mesurer son retentissement tout au long du siècle.

-       de tenir compte de tous les acteurs de la carrière de Chateaubriand (éditeurs, critiques littéraires, réseaux qui se sont formés autour de lui : salons, « groupe littéraire » identifié par Sainte-Beuve, etc.) qui ont contribué à façonner son aura de grand écrivain.

-       d’examiner les options esthétiques et poétiques (genres littéraires retenus, dispositifs d’énonciation sélectionnés, style, registres, etc.) qui répercutent au niveau du discours la scénographie auctoriale ainsi mise en place.

 

Styles et pensée du style

 

Incontestablement, Chateaubriand a ouvert une nouvelle poétique et marqué une date dans l’histoire et la pensée du style. Dans son œuvre, souvent autoréflexive, il a construit le portrait de l’écrivain en poète de la prose et des images, interrogé la pratique d’autres écrivains, français et étrangers, constamment pensé la langue et le style, à travers des métaphores comme le chant ou dans des réflexions sur la langue elle-même. On s’interrogera donc sur ce qui constitue l’originalité profonde de sa pratique de la prose et sur la pensée qu’il développe du style. On pourra aborder notamment les questions suivantes (liste non exhaustive) :

 

-       Une langue entre deux rives, entre le monde ancien et le monde moderne, entre archaïsme et « néologie ».  

-       Le Babel de la langue ; le renouveau du français par ses imprégnations latines, anglaises et italiennes.

-       Une écriture de l’analogie : métaphores, comparaisons.

-       Le jeu des registres, du comique à l’élégiaque.

-       Rythme de la prose, rythme du récit.

-       La palette des styles : le style journalistique, le pamphlet, la satire. L’hybridité stylistique.

-       La poétique du négatif et du deuil, l’élégie.

-       Le chant et les métaphores de l’écriture.

-       Chateaubriand, penseur et critique du style.

 

 

Chateaubriand : Histoire et société

« J’ai fait de l’histoire et je pouvais l’écrire », affirme Chateaubriand dans la « Préface testamentaire » des Mémoires d’outre–tombe, mettant ainsi en avant une expérience qui fonde à ses yeux son autorité d’historien mais qui n’en laisse pas moins ouverte l’épineuse question des modalités de la mise en récit de l’Histoire, de ses méthodes et de ses finalités, à un moment où, présente dans tous les genres littéraires, son écriture est en voie de refondation. Disséminée dans tous les genres de ses ouvrages proprement historiques à ses mémoires, de ses récits de voyage à ses essais politiques, sa pratique historiographique a été aussi le fondement d’une réflexion sur le présent, sur les recompositions sociales et le devenir de la France postrévolutionnaire. Sur ce thème très vaste, on pourra privilégier certains axes :

-        Chateaubriand est conscient des transformations profondes des méthodes et de l’écriture de l’Histoire  à son époque. Voir la préface qu’il rédige pour l’édition des Études historiques dans l’édition Ladvocat. Une « nouvelle histoire » est en train de se constituer.  Quels sont les rapports de Chateaubriand avec ces « nouveaux historiens » ?

-       Chateaubriand a eu à affronter un certain nombre de problèmes : la collecte des sources et l’exploration des archives ; la périodisation ; la place à faire à l’histoire économique et sociale, etc. Comment a-t-il tenté de les résoudre ?

-       Une fois réunie la documentation, comment écrire l’histoire ? les Anciens, les historiens du XVIIe siècle peuvent-ils encore servir de modèle ? Peut-on encore être un Tacite ou un Bossuet ? Quel  devra être le style de l’Histoire : la place des discours, des portraits, l’équilibre entre le récit et l’analyse.

-       Chateaubriand historien du temps présent et prophète du futur. Une histoire prospective est-elle possible ? Sur quoi appuyer des intuitions fulgurantes  de l’avenir?

-       « Tout prend aujourd’hui la forme de l’histoire, polémique, théâtre, roman, poésie » : ce constat inséré dans la préface des Études historiques peut enfin se lire comme une invitation à observer comment cette présence massive de l’Histoire conduit Chateaubriand à renouveler la poétique des genres qu’il pratique dans le domaine de la fiction, de la biographie mais aussi du récit de voyage ou dans ses articles de journaux.

-       Chateaubriand a voulu aussi être l’historien de lui-même et de son rôle dans  l’Histoire de son temps : ses ambassades, « sa » guerre d’Espagne, etc. Il veut donner une image de lui-même acteur de l’Histoire, quitte à faire quelques retouches... S’il a tendance à embellir le portrait, à se justifier, il est aussi un juge lucide et parfois sévère de son rôle historique.

-       Histoire et société : comment Chateaubriand a-t-il pensé les modèles sociaux, passés, présents ou à venir ? 

 

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